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| Wiki-Algérie - Chakib Khelil dans le vortex de la corruption |
Dr Chakib et Mister Khelil! Le câble wikileaks daté du 20 février 2010 comporte une analyse quasi-psychanalytique : Il y aurait eu un Chakib Khelil d’avant 2006 qui cherchait à changer radicalement la donne dans le domaine des hydrocarbures et qui échoue. Après, un autre Khelil apparait ou mute et décide de faire comme le "système". Et les affaires de corruption commencent et les « béni-oui-oui » s’installent aux commandes de Sonatrach. Mais, au-delà de la délinquance et des infractions au droit commun, le plus grave est bien la rétention de l’information sur l’état des réserves gazières du pays.
Le câble du 21 février 2010 dont ME donne la traduction intégrale est littéralement un compte-rendu d’entretiens de l’ambassadeur Pearce, en poste à Alger au moment où le scandale Sonatrach a éclaté, et deux responsables de sociétés pétrolières présentes en Algérie. A l’exception de la thèse de la lutte de clans régionaux qu’il dit avoir souvent entendu mais qu’il n’accrédite pas, David Pearce cite ses sources. D’une manière générale, le diplomate se montre extrêmement prudent sur les tenants et aboutissants de cette affaire et préfère reprendre les déclarations de ses interlocuteurs pour les affirmations les plus sensibles. Pour ces derniers - le représentant de Conoco-Philips et le responsable, à l’époque, de BP Algérie, plus fréquemment cité – la crise chez Sonatrach a des répercussions dommageables sur les opérations. Plus personne parmi l’encadrement intermédiaire ne souhaite, on les comprend, signer quelque documents que ce soit et les entreprises qui doivent maintenir un canal de discussion opérationnel sont pénalisés par la prudence de nouveaux gestionnaires qu’elles ne connaissent pas. Cet élément pratique n’est pas le plus grave. La structure de la dépêche et ses intertitres constituent l’essentiel du message que l’ambassadeur transmet à sa centrale.
2006, échec et… corruption
Les points que met en exergue le fonctionnaire américain traduisent en effet de manière synthétique la nature du scandale de Sonatrach. Pour l’ambassadeur, si l’affaire de corruption peut gêner la conduite quotidienne des opérations elle ne concerne pas les grandes entreprises pétrolières étrangères activant en Algérie. Les malversations sont liées à des contrats passés sans appel d’offre et selon la procédure de gré-à-gré avec des sociétés de services. Le vortex de la corruption de Sonatrach est bien le ministre de l’énergie de l’époque Chakib Khelil. Le DG de BP-Algérie observe – en soulignant qu’il s’agit là d’une « spéculation personnelle » - que la mauvaise gestion de la compagnie pétrolière algérienne apparait quant la loi sur les hydrocarbures défendue par Khelil a été rejetée en 2006 après bien des tergiversations. Déçu par l’abandon de son projet (qui consistait globalement selon ses détracteurs à un retour au régime néocolonial des concessions), Khelil, selon l’intéressante formule du responsable de BP, aurait, en substance, décidé de rejoindre un système qu’il ne pouvait pas transformer. C’est après 2006 que Khelil aurait laissé libre cours à son parent, Reda Hemche, pour piloter les opérations douteuses reprochées aux dirigeants de Sonatrach.
La rétention de l’information sur le gaz
Mais ce qui retient davantage l’attention et qui revêt un intérêt certain est l’affirmation du DG de BP de la situation des réserves de gaz de l’Algérie. Selon l’interlocuteur de l’ambassadeur Pearce, les réserves de gaz conventionnel algérien auraient tendance à s’épuiser et Sonatrach pourrait bien être confrontée à des difficultés pour honorer ses contrats à l’export et satisfaire une demande interne en croissance soutenue. Khelil n’aurait pas informé la direction du pays (Présidence et Premier Ministre) d’une situation qui parait sérieuse à la lecture du câble. Le DG de BP affirme que l’Algérie disposerait de vastes réserves de gaz de schiste dont l’exploitation nécessite, outre d’importants investissements, une maîtrise technologique que seules possèdent quelques très grandes compagnies pétrolières. Il soutient que l’Algérie devrait développer l’énergie solaire pour approvisionner son marché domestique en libérant ainsi d’importantes quantités de gaz conventionnel pour répondre à ses obligations contractuelles extérieures. Une question stratégique La question de la non-information de la direction du pays sur une question cruciale laisse perplexes les observateurs. Les ventes de gaz représentent une partie importante des recettes d’exportation du pays dans un contexte ou les réserves de pétrole auraient, au rythme de production actuel, une durée de vie évaluée à une quinzaine d’années. Il était question il y a quelques années que la hausse des exportations de gaz puisse à terme compenser la diminution des capacités de production pétrolière. Il s’agit donc là d’une question stratégique au sens premier du terme. Ce qui semble avéré en revanche est la mise à l’écart sous l’ère Khelil de nombreux experts de Sonatrach qui connaissent particulièrement ce dossier. Il est étonnant qu’aucun de ces spécialistes mis au placard ou à la porte ne se soit exprimé d’une manière ou d’une autre pour faire état d’une situation potentiellement critique si l’on en croit l’ancien DG de BP-Algérie. Affaire à suivre… L’ambassadeur estime que le scandale Sonatrach est davantage lié aux « luttes de clans » plutôt que d’être une conséquence de la volonté du Président Bouteflika de lutter contre la corruption. David Pearce estime, en février 2010, que cette affaire pèsera longtemps sur le secteur énergétique de l’Algérie. Il semble bien que l’évolution de ce dossier, entre effacement et oubli, contredise directement les prédictions du diplomate impérial… |
Jeu, 24 Mai 2012 20:48
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