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Mercredi, 28 Juin 2017

  •   Par Aissa Manseur *
  • mardi 25 avril 2017 12:13

Nouveau modèle économique : l'agriculture algérienne mérite mieux que 3 minuscules paragraphes (Contribution)

 

 

Trois minuscules paragraphes consacrés à l’agriculture dans le document sur le «nouveau modèle économique» du gouvernement algérien. Victime du tout pétrole, l'agriculture semble oubliée dans les projets officiels de sortie de la dépendance à l'or noir. L'expert Aissa Manseur est choqué et dit dans cette contribution pourquoi les choses ne vont pas dans l’agriculture.

 

Le nouveau modèle de croissance économique a été enfin dévoilé à travers un document de 21 pages été publié sur le site du ministère des finances. Ce document donne la nouvelle approche économique du pays, énumère les objectifs ciblés à atteindre sur la période 2016-2030 et fait des recommandations. Trois phases de croissance sont retenues : Le décollage (2016 - 2019), la transition (2020 – 2025) et la stabilisation ou de convergence (2026-2030).

 L’agriculture qui demeure le parent pauvre par excellence de ce modèle n’a été citée et d’une façon timide que très rarement. Elle a eu droit à 3 minuscules paragraphes dans les pages 11, 13 et 17. 

Le document insinue dans la page 11 ‘’ Une modernisation du secteur agricole permettant d’atteindre l’objectif de sécurité alimentaire et de réaliser son potentiel de diversification des exportations’’.

Comment ? Par quelle stratégie ? Par quelles actions concrètes ? Le document n'en a pas soufflé le moindre mot ! Comment peut-on compter alors sur l’agriculture pour être l’alternative aux hydrocarbures ?

 Sur terrain on ne voit pas des actions extraordinaires se réaliser dans le secteur. On ne sent pas cette mutation qui peut vraiment placer l’agriculture comme ‘’pilier’’ de l’économie nationale, L’agriculture baigne toujours dans d’innombrables problèmes qui freinent et entravent son développement et par conséquent ne pourra jamais jouer le rôle qui lui est assigné.  Un secteur qui a été délaissé, marginalisé pendant des décennies ne peut surgir soudainement pour aider à ‘’oxygéner ‘’ la machine économique asphyxiée par la chute des prix du Brent.

 Dans l’état actuel des choses peut-on propulser l’agriculture sur le devant de la scène économique nationale ? Cela relève de l’utopie, du moins dans le court et le moyen terme car notre agriculture ne suit pas une cadence de croissance régulière qui lui permettrait de jouer les premiers rôles. 

Le développement de l’agriculture est un processus continu, perpétuel, et il doit subir les mutations qui s’imposent aux moments opportuns Il repose sur des outils préliminaires et élémentaires qui doivent être revus et corrigés et d’autres à développer, afin de  préparer le terrain à une croissance exponentielle et significative du secteur.

 

Quatre grands maux de l'agriculture

 

* Le foncier agricole demeure une entrave majeure au développement de l’agriculture en Algérie. Son règlement suppose une volonté politique et une rigueur législative, des terrains cédés à des particuliers pour fin d’investissement, dans la steppe et les régions du sud, depuis 1983 dans le cadre de l’accession a la propriété foncière agricole (APFA) qui n’ont jamais été mis en valeur mais ils n’ont pas été restitués par l’Etat. La légèreté avec laquelle ce dossier a été géré a contribué à l’instauration du statu quo qui prévaut actuellement dans le secteur agricole 

  * Le système bancaire archaïque actuel ne pourra jamais accompagner le développement de l’agriculture de par sa lourdeur et ses entraves bureaucratiques. On note également l’absence ’’inquiétante’’ d’une banque spéciale pour le financement de l’agriculture. Actuellement ce secteur est traité par les banques commerciales comme les autres secteurs. Elles lui ’’infligent’’ les mêmes conditions draconiennes d’octroi de crédit, alors que l’agriculture est un secteur sensible, stratégique qui doit être traité en tant que tel.

 * Les statistiques agricoles actuelles ne reposent sur aucune base scientifique et sont réalisées de façon aléatoire. Les chiffres avancés ne reflètent pas la réalité du terrain. Ce sont des chiffres erronés qui ne peuvent jamais être pris en considération pour une quelconque prise de décision ou élaboration de programme de développement du secteur  

Le développement du système des statistiques devrait permettre à l’ensemble des acteurs (pouvoirs publics, chercheurs, opérateurs) de disposer d’une information fiable, actualisée et exhaustive et surtout sans aucun pensée politique pour servir d’outil d’ajustement de programme et de correction de carence.

 * La recherche agronomique est en veille. Les instituts techniques dont bénéficient presque toutes les filières agricoles sont des organismes administratifs par excellence. Techniquement stériles, ils n’ont pu jouer le rôle qui leurs est assigné. Il est nécessaire de créer une synergie entre ces organismes pour aboutir au but ultime de développer l’agriculture. Il est indispensable, auparavant de redynamiser ces institutions, les renforcer en effectif spécialisé et en équipements nécessaires.

 Il est également primordial de lancer un vaste programme de formation et de mise à niveau aux techniques modernes de gestion des exploitations agricoles et L’initiation d’une politique de formation professionnelle aux métiers agricoles.

 

5 milliards de dollars d'importation de blés et de poudre de lait!

 

L’agriculture ne pourra pas être une alternative aux hydrocarbures à court et moyen terme. Notre agriculture peine encore à assurer l’autosuffisance en produits stratégiques notamment le blé dur, le blé tendre et la poudre de lait. On consacre annuellement plus de 5 milliards de dollars à l’importation de ces produits qu’on n’arrive pas à améliorer la production malgré les efforts consentis dans ce sens.

 La céréaliculture tributaire des précipitations avec un rendement moyen ne dépassant pas les 10 qx /ha, une surface de 3,5 millions d’ha est emblavée annuellement, la production totale n’a pas dépassé les 33 millions de qx la saison écoulée, l’importation des céréales a atteint 13,5 millions de tonnes d’une valeur qui avoisine les 3 milliards de dollars !  

Les quantités de poudre de lait importées annuellement avoisinent les 400 000 tonnes avec une facture de 02 milliards de dollars.Notre agriculture enregistre une très faible performance dans la production de ces produits stratégiques dont la consommation est soutenue par une forte dépense publique.

 Les autres produits notamment maraichers, arboricoles et oléicoles ne connaissent pas, non plus un essor. On arrive à peine à satisfaire la demande du marché intérieur. En l’absence de l’industrie de transformation, le surplus de ces productions fini dans les poubelles en dépit de toutes les conséquences fâcheuses encourues par l’agriculteur.  Dans l’état actuel des choses, notre agriculture peut-elle relever le défi pour réduire la dépendance alimentaire de l’étranger et générer une production ‘’ concurrentielle ‘’ exportable ?

 

L'Algérie exporte 3% de sa production de dattes, la Tunisie exporte 42,5%

 

Plusieurs produits agricoles notamment de terroir peuvent être exportés, mais l’absence d’une stratégie freine leur promotion à l’international. Faute de labellisation et de certification nos produits ne peuvent prétendre à pénétrer les marchés extérieurs et conquérir des parts de marché.

 Produire quoi exporter, trouver à qui exporter et savoir comment exporter, ce sont ces trois équations à résoudre pour pouvoir s’initier à l’exportation et promouvoir nos produits à l’international.  Parmi les produits qui essayent de se frayer un chemin à l’international, les dattes mais les quantités exportées sont en deçà de ce qu’elles pourraient être. (L’Algérie produit 1 million de tonnes et exporter 30 000t, soit 3%).

 Comment se fait –il qu’on produit beaucoup plus que la Tunisie alors que les exportations de ce pays sont beaucoup plus importantes au point de détenir 22% du marché mondial (la Tunisie produit 246 000t et exporte 100 000 t soit 42.5%) !

 Après avoir assuré une certaine autosuffisance en produits maraichers, plusieurs denrées peuvent faire l’objet d’exportation, le respect de l’itinéraire technique et la production en quantité suffisante et en qualité irréprochable sont des préalables à satisfaire. L’intervention de l’état dans le processus de l’exportation est inévitable et son accompagnement est primordial et décisif.

 De l’amont agricole à l’aval industriel tel est le slogan qui doit être mis en œuvre par des actions concrètes sur le terrain. L’option des agropoles est très réussie, c’est l’un des moyen le plus adéquats quant à l’organisation des filières agricoles, c’est tout le processus qui est pris en charge : la production, la commercialisation et la transformation. Il ne suffit pas de produire mais il faut également trouver des débouchés pour la production, satisfaire le marché local, faire tourner l’industrie de transformation et exporter.

 

L’agriculture victime du ’’ tout pétrole ‘’

 

Notre agriculture a été victime des recettes d’exportation des hydrocarbures, le prix du pétrole a enregistré des années durant une hausse significative et l’Algérie a vécu des périodes d’embellie financière. Les recettes de l’or noir couvraient largement les dépenses relatives à l’importation des produits alimentaires.

 L’importation massive des produits de large consommation en plus des subventions à la consommation, a exercé un effet négatif sur le développement de la production agricole du pays. Ce n’est qu’au début des années 80, après la chute des recettes d’exportation, conséquence de la chute des prix du pétrole, que l’on s’est rendu compte du marasme dans lequel se trouve le secteur agricole.

 Des réformes et des restructurations du secteur à peine entamée que les prix du pétrole ont connu une ascension fulgurante. Une nouvelle fois, l’embellie financière nous séduit et nous trompe. Le programme de développement de l’agriculture initié dans les années 2000 a été plus une distribution aléatoire et anarchique de la rente qu’un programme de développement et de croissance de l’agriculture.

 La façon avec laquelle le programme a été appliqué sur terrain corrobore cette thèse. Une occasion en or s’est présentée et elle été ratée : l’agriculture n’a connu aucune évolution significative en dépit des budgets faramineux qui lui sont alloués.  La modernisation du secteur à laquelle fait allusion le nouveau modèle de croissance économique suppose une stratégie et également des hommes qui traduisent les idées en actions concrètes sur le terrain.

 

Des hommes qui veillent au respect des textes réglementaires, veillent au contrôle et au suivi des programmes à mettre en œuvre. Le ‘’fardeau’’ de la sécurité alimentaire ne peut en aucun cas être porté seulement par l’agriculture qui est un acteur parmi d’autres qui doivent œuvrer ensemble pour atteindre cet objectif. Il est plus judicieux d’associer l’agriculture à l’autosuffisance alimentaire. L’Agriculture comme alternative aux hydrocarbures ! Ce n’est qu’un slogan creux, jusqu’à preuve du contraire !

 

*Expert en agriculture

Le titre et les intertitres sont de la rédaction

 


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4 Commentaires

  • Aïssa Mansour relève à la page 11 ‘’ Une modernisation du secteur agricole permettant d’atteindre l’objectif de sécurité alimentaire et de réaliser son potentiel de diversification des exportations’’.

    EXPORTER NOTRE EAU ?
    Il y est question d'une volonté d'exportation. Les exportations sont possibles pour les dattes, le vin et quelques autres produits du terroir. Mais, il faut avoir à l'esprit qu'exporter une denrée agricole c'est puiser dans nos rares ressources une quantité d'eau pour faire pousser ce produit agricole. Cette eau est appelée « eau virtuelle ». L'Algérie, à travers d'éventuelles exportations agricoles a-t-elle vocation d'exporter son eau ? Nous qui sommes un pays semi-aride et aride avons nous vocation à nourrir les Européens ? Avons nous ces fleuves européens où des milliers de m3 coulent H24 à la place de nos oueds 364 jours à sec? Il faut raison garder.

    SUBSTITUTION AUX EXPORTATIONS
    Le rôle de notre agriculture doit être avant tout de nourrir le consommateur algérien et non pas européen. Si nous voulons compenser la baisse de nos rentrées financières liées aux hydrocarbures, la tâche est de remplacer par la production locale les produits importés. Cela est réalisable en partie (ce qui nous donnera une meilleure aisance lors de négociation sur les marchés étrangers).
    Par ailleurs comme le fait remarquer l'agro-économiste Omar Bessaoud, l'agriculture emploie un million de familles sur le territoire.
    Personne n'a intérêt qu'elle afflue dans les villes. Elles ont par ailleurs contribué à assurer la stabilité du pays en n'adhérant pas à l'idéologie extrémiste lors de la décennie noire.

    PRODUIRE DE L'HUILE ET DU SUCRE DZ
    Grâce à la betterave à sucre et au colza il est ainsi possible de produire localement respectivement du sucre et de l'huile. Nos voisins marocains y réussissent. Pourquoi pas nous ? L'itinéraire technique de la culture de la betterave à sucre est facilement maîtrisable grâce aux semences mono-germes au désherbage mécanique/chimique et à la récolte mécanisée. Pourquoi ne pas proposer cette activité aux producteurs de pomme de terre dépassés par les excédents. A ceux qui doutent de nos capacités, voyez les succès locaux en matière de tomate industrielle.
    Quant au colza, c'est une excellente plante qui repose le sol entre deux culture de blé. Par ailleurs, une fois la graine pressée pour en extraire de l'huile, le tourteau obtenu peut servir d'aliment du bétail.

    S'INSPIRER DE CE QUE FONT LES AUTRES
    Une des tares de notre recherche-développement est d'être coupée de ce que font des agricultures étrangères. Il serait bon que nos ingénieurs agronomes et techniciens sachent comment cultivent les fermiers marocains, espagnoles, italiens, ceux du sud de la France ou australiens (avec seulement 300 mm de pluie).
    Des chefs de culture marocains nous on t appris à monter les serres canariennes où nous faisons pousser nos tomates. Ayons l'intelligence de favoriser la venue de chef de culture betteraviers.
    A nous de nous inspirer des meilleurs procédés de l'agriculture en sec. A nous également à mettre en place des modes de commercialisation et de transformation qui protègent les marges des agriculteurs. Actuellement en Algérie, dans le cas de la filière lait, pour être riche, pas nécessaire d'avoir des vaches laitières. Il suffit d'acheter le lait à des producteurs désorganisés et d'en faire du fromage et yaourts. Le citadin ne peut imaginer la guerre qui se déroule actuellement dans nos campagnes pour la main mise sur « l'or blanc ». Cette manne attire même des société étrangères.
    Le pauvre agriculteur algérien s'échine la journée entière pour les intermédiaires ; et cela quelque soit la filière.

    RE-ORIENTER LES SUBVENTIONS AGRICOLES
    Le défi des décideurs actuels est d'arriver à plus d'auto-suffisance alimentaire. Cela garantit notre indépendance, plus de justice et de paix sociale. Mais pour y arriver, il n'y a pas mystère. Il faut que le petit producteur de base y trouve son compte. Si cela n'est pas rentable de faire du blé, il fera pâturer des moutons sur ses terres à blé (que l'on se souvienne de l'époque de la « grève des labours »).
    Les pouvoirs publics ont plusieurs leviers entre leurs mains afin d'assurer le bien être de la population et la poursuite du statu-quo politique :
    -ré-orienter les subventions agricoles vers les plus modestes (exemple : payer les 500 premiers quintaux de blé dur 4500 DA puis 3500 DA pour le reste – ce seuil reste à déterminer plus finement),
    -mettre en place des compensations financières afin que des agriculteurs puissent écraser leur grain à la ferme et produire de la semoule,
    -octroyer la prime blé dur aux seuls agriculteurs s'équipant de semoirs direct (cette technique réduit les coûts de mécanisation et constitue la seule alternative pour la modernisation et la survie de notre céréaliculture).

    La contractualisation peut être un autre moyen. L'idée est d'instaurer un contrat entre agriculteur et agro-industriel sur la base du donant-donant. Elle se développe au niveau des laiteries privées. Il s'agit de faire un bilan et de la développer. Les pouvoirs publics pourraient exiger des transformateurs nationaux et étrangers implantés en Algérie, un plus fort taux d'intégration en matières premières locales. Comment ? En développant des réseaux d'appuis aux producteurs comme le fait le Groupe Benamor* pour le blé dur et la tomate industrielle. Cela devrait être la norme. « Ya khouya, tu veux de la poudre de lait ou du blé tendre importé ? Pas de problème ! Mais tu produits 10% de ton chiffre d'affaires en matière première locale ».

    Ainsi, l'usine SIM-Sanders (aliments du bétail) nouvellement implantée dans le cadre de la loi 49-51% pourrait être amenée à utiliser une part de triticales, de féverole et de pois protéagineux locaux en place de tourteaux de colza et céréales importées.

    Certaines de ces mesures et d'autres (il faudrait que l'armée des cadres agricoles puissent s'exprimer et donner son avis, eux qui sont chaque jour sur le terrain) seront difficiles à mettre en place. Mais, elles peuvent être testées sur quelques daïras ou bien mise en œuvre progressivement. Il est vrai que c'est plus difficile que faire accoster un bateau chargé de blé ukrainien au port d'Alger. Mais c'est la seule voie de salut à qui veut garder son koursi...

    (*) en tomate industrielle, le groupe Benamor produit le plant de tomate et commence à assurer la récolte mécanique. Idem avec Mr Hamotouche PDG de Soumamm laiterie concernant la mise à disponibilité d'enrubanneuses pour la récolte et conservation des fourrages.

    Djamel BELAID Ingénieur Agronome.

    Rapporter Djamel BELAID jeudi 27 avril 2017 08:55
  • L'analyse proposée par Aïssa Manseur a le mérite de mettre le doigt sur plusieurs handicaps de notre agriculture.

    HOLD-UP SUR LA TRANSFORMATION DES CEREALES
    Il faut rajouter à cette analyse la question de la transformation des céréales (1ère et 2ème transformation). Actuellement, celle-ci échappe totalement aux agriculteurs. Elle est concentrée entre les mains de moulins privés. Cette situation découle du démantèlement de l'ex-Sempac. Les bénéfices tirés de cette transformation sont faramineux. Ils permettent à des investisseurs privés d'auto-financer leur expansion. Le PDG de SIM explique dans différentes interventions en ligne que les bénéfices qu'il tire de cette activité sont tels qu'à ses débuts, il avait l'impression de "voler"

    CEREALIERS, RECONQUERIR LE DROIT A LA TRANSFORMATION DU GRAIN
    On ne pourra développer notre céréaliculture sans permettre aux céréaliers de retrouver le droit à écraser leur grain dans des moulins leur appartenant. Cela se fait à l'étranger. Une coopérative céréalière telle Axéréal (France) dispose de moulins et de malteries. Les bénéfices que pourraient tirer nos céréaliers d'une telle transformation pourrait permettre de compenser le déficit structurel lié à la faiblesse des rendements en milieu semi-aride. Déficit actuellement supporté par l'Etat. Car, ne nous voilons pas la face. Tôt ou tard les subventions publiques à la céréaliculture diminueront. C'est déjà le cas sur l'orge vendue aux éleveurs. Cette diminution risque de se faire du fait des moindres capacités du budget de l'Etat mais également des possibles conséquences d'une adhésion de l'Algérie à l'OMC (voir ce qu'écrit le Pr RASTOIN en ligne à propos du Maroc signataire des accords OMC).

    CEREALIERS DZ, UNISSEZ-VOUS!
    Face à cette situation, les céréaliers doivent réagir. A eux de conquérir le droit d'écraser leur grain. D'abord dans de petits moulins puis en rachetant les moulins d'opérateurs privés ayant fait faillite. Mais cela nécessite qu'ils obtiennent des pouvoirs publics les compensations financières que reçoivent les minoteries et semouleries. En effet, le quintal de blé dur est acheté 4500 DA par les CCLS aux agriculteurs mais revendu à 2886 DA le quintal sous forme de semoule.
    Les céréaliers possèdent une arme redoutable pour faire plier les pouvoirs publics et les transformateurs privés : ce sont eux qui détiennent les récoltes de blé. C'est là un argument de poids. Il ne s'agit pas d'aller jusqu'à la grève des livraisons. Mais il y a là une carte à jouer.

    DES COOPERATIVES LIBRES D'AGRICULTEURS
    Le salut des céréaliers DZ ne viendra ni du ciel (à eux, par exemple, de se doter des semoirs pour semis-direct valorisant l'humidité du sol et de techniques modernes) ni de CCLS engluées dans des habitudes administratives. Ce salut ne pourra venir que de groupements libres d'agriculteurs pour l'achat d'intrants et la transformation des céréales sous forme de semoule puis couscous ou pâtes. Car, c'est là que ce situe la plus-value. C'est là le moyen de protéger leurs marges. C'est également ce type d'organisation qui permettra le recrutement de techniciens ayant l'obligation de résultats. Il faut à ce propos aller voir en France (et ailleurs) comment fonctionne une vraie coopérative céréalière. En France, c'est le conseil d'administration formé d'agriculteurs élus qui recrute le directeur. Chez nous, il est nommé par la tutelle basée à Alger. Et le personnel a « obligation de résultats ». Sinon, il est remercié.
    En Algérie, il est tant de se réveiller. Waqt el ghefla rah...
    Djamel BELAID Ingénieur Agronome.

    Rapporter Djamel BELAID mercredi 26 avril 2017 13:23
  • Actuellement, en Algérie, un effort est réalisé en matière d'irrigation. Cela est salutaire. Cependant, l'agriculture en sec ne fait pas assez l'objet d'efforts de recherche. En la matière, la préservation de l'humidité du sol doit être un leitmotiv. Cela passe par des rotations adéquates, une lutte acharnée contre les mauvaises herbes, l'utilisation de variétés adaptées, une gestion adéquate des chaumes et l'abandon du labour au profit de méthodes moins agressives telle le semis direct ou les TCS (techniques culturales simplifiées). Voir par exemple les efforts de recherche des fermiers australiens regroupés au sein du GRDC.au..
    En Algérie, des contrats avec les groupes Galucho ou Sola portent encore sur la production de charrues, de cover-crop ou de semoirs conventionnels. Idem chez les investisseurs locaux tels Tirsam. Il n'y a pas au niveau national de réflexion stratégique sur les nouvelles techniques adaptées au dry-farming.

    REDUIRE L'INCERTITUDE DE REVENU
    Le drame de l'agriculture en sec DZ vient de l'incertitude climatique, souvent les céréaliers ne rentrent pas dans leurs frais. Or, une technique telle le semis direct, en valorisant l'humidité du sol, permet de réduire cette incertitude et par la même de réduire l'incertitude de revenu (voir les travaux en ligne de Rachid M'Rabet à Settat). Par ailleurs, le semis-direct permet une rapidité d'emblavement (céréales, fourrages, légumes secs et demain colza) inégalée. Cela permettrait d'en finir avec les coûts de gazoil et de la lenteurs des semis de céréales qui traînent jusqu'à fin décembre (ce qui constitue un non-sens en climat semi-aride). Cerise sur la gâteau, le semis direct permet la localisation des engrais et évite ainsi les risque d'insolubilisation du phosphore et de volatilisation de l'engrais azoté.

    L'abandon du labour avec semis direct constitue la réponse adaptée aux zones semi-arides et qu'a longtemps recherché l'agriculture coloniale (mais sans jamais la trouver).

    SE TOURNER VERS L'ICARDA.org
    Les investisseurs potentiels en machinisme agricole et les agri-managers doivent se tourner vers les travaux en ligne de l'Icarda d'Alep (Syrie). Les résultats obtenus entre 2005-2011 montrent qu'il est possible d'impliquer de petits ateliers de soudure pour fabriquer des semoirs low-cost pour semis direct ou comme en Irak de transformer les semoirs conventionnels en semoirs pour semis-direct.
    Il y a là un dossier FONDAMENTAL négligé. Certes, CMA-SOLA (Sidi Bel-Abbès) a produit un prototype de semoir low-cost, mais celui-ci semble se perdre dans les méandres administratifs d'essais qui traînent en longueur.
    Djamel BELAID Ingénieur Agronome.

    Rapporter Djamel BELAID mardi 25 avril 2017 22:08
  • L'auteur affirme que "le programme de développement de l’agriculture initié dans les années 2000 a été plus une distribution aléatoire et anarchique de la rente qu’un programme de développement et de croissance de l’agriculture". Il affirme aissi que des "budgets faramineux" ont été alloués à l'agriculture depuis les années 2000. Je lui serais reconnaisssant s'il voulait bien me donner les références des études (académiques ou autres) sur lesquelles ils s'appuie pour émettre ces affirmations.

    Rapporter Bédranis mardi 25 avril 2017 16:09
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