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| Les centres d’appels en Tunisie et au Maroc rejettent les plans français anti-délocalisations |
La France veut prendre des mesures anti-délocalisations. En Tunisie et au Maroc, les centres d’appels réagissent et dénoncent des mesures protectionnistes et discriminatoires.
La Chambre syndicale nationale des centres d’appels et de la relation client de Tunisie (CSN-CAREC) a réagi avec véhémence à l’annonce par le Secrétaire d’Etat français à l’Emploi, Laurent Wauquiez, le 12 juillet dernier, d’éventuelles mesures anti-délocalisations : la sur-taxation des appels provenant des sites implantés à l'étranger et une aide financière aux entreprises qui maintiennent leurs activités en France. Un communiqué diffusé par cette organisation, qui regroupe 20 entreprises du secteur, a qualifié ces mesures de « totalement […] inadaptées ». Surtout, a-t-il insisté, « elles ne recevraient pas l’aval de la Commission européenne, car elles sont ouvertement protectionnistes [et] discriminatoires ». Rappelant à Laurent Wauquiez que « l’employabilité dans les centres d’appels représente à peine 1,15% de la population active en France », la CSN-CAREC a invité le secrétaire d’Etat français à s’inspirer « de l’exemple des Etats-Unis » où, « malgré la forte délocalisation vers les pays du Sud-est asiatique, l’employabilité [dans ce secteur] a continué à croître, jusqu’à atteindre les 5% de la population active. » Les professionnels marocains excédés La réaction de l’organisation syndicale des CAREC de Tunisie fait suite à une réaction marocaine aussi excédée. Il y a quelques jours, Youssef Chraïbi, président de l’AMRC (Association marocaine de la relation client) a déclaré à « Statut avancé », un site marocain dédié au rapprochement entre le Maghreb et l’Europe : « Nous ne sommes pas à l’ère du protectionnisme. La mondialisation doit se faire dans les deux sens ! » Le 14 juillet, les parlementaires marocains ont incité le gouvernement à réagir à ce « protectionnisme ». Devant eux, Ahmed Réda Chami, ministre de l'Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, a reconnu que les déclarations de Laurent Wauquiez avaient causé bien des soucis à son pays, promettant de saisir à ce sujet le gouvernement français. Le journal marocain « Le Matin du Sahara et du Maghreb » a évoqué, dans son édition du 19 juillet, la possibilité d’une riposte conjointe tuniso-marocaine aux mesures promises par le secrétaire d’Etat français à l’Emploi. Cette riposte aurait lieu lors des assises des entreprises françaises du secteur qui devraient être organisées prochainement et qui pourraient s’accompagner d’un arrêté ministériel obligeant les entreprises recourant à des centres d’appels à garantir la « transparence » sur les lieux d’implantation de ceux-ci. 30.000 emplois menacés au Maroc et 20.000 en Tunisie Les centres d’appel français se sont externalisés ces dernières années vers le Maghreb (mais aussi le Sénégal et l’île Maurice) à la recherche de meilleurs coûts de main-d’œuvre. Une comparaison effectuée en 2008 par le Syndicat français des professionnels des centres de contacts (Sp2c), a établi qu’un employé de centre marocain perçoit 400 à 450 euros/mois, alors que son homologue travaillant dans l’Hexagone perçoit un minimum de 1.320 euros bruts par mois (incluant différentes primes). En Tunisie, les centres d’appel emploient quelque 20.000 personnes, dont 80% travaillent sur le marché français. Le chiffre d’affaires des entreprises du secteur a atteint 300 millions de dinars (158 millions d’euros) en 2008, selon M. Ridha Ben Abdessalem, président de la Fédération nationale des centres d’appels, cité par la presse électronique tunisienne. Au Maroc, affirme « Le Matin du Sahara et du Maghreb », 30.000 personnes travaillent dans les centres d’appel et jusqu’à l’annonce des mesures françaises anti-délocalisations, les prévisions tablaient sur 70.000 emplois à l’horizon 2015. Quant au chiffre d’affaires du secteur, il aurait atteint 3,4 milliards de dirhams (340 millions d’euros) en 2009. Les délocalisations menacent-ils l’emploi en France ? Selon des chiffres publiés par « Le Monde » le 12 juillet 2010, l'offshore a connu ces dernières années un bond phénoménal dans l’activité des centres d’appels français (plus de 250. 000 emplois et un chiffre d’affaires de 13 milliards d’euros). En 2009, il a représenté 60.000 employés, contre seulement 10.000 en 2004. La majorité de ces 50.000 nouveaux salariés travaillent à partir du Maroc et de la Tunisie. Ce secteur étant considéré comme le symbole par excellence de la délocalisation, sa gestion a toujours été un sujet polémique en France. Lorsqu’il était ministre de l’Economie, en 2004, Nicolas Sarkozy avait exigé des centres d’appels plus de « transparence », presque dans les mêmes termes que son actuel secrétaire d’Etat à l’Emploi. Le ministre de l’Equipement avait proposé, lui, de récompenser ceux d’entre eux qui choisissent de rester sur le sol français en y autorisant le travail dominical et le travail de nuit ! L’ampleur des délocalisations ne fait pas l’unanimité en France. Cité par « Le Monde » (12 juillet 2010) Laurent Uberti, président du Syndicat professionnel des centres de contact externes, estime que la grande vague des délocalisations fait partie du passé. «Après une croissance des emplois offshore autour de 80% par an entre 2003 et 2007, on constate une stabilité depuis », a-t-il déclaré, ajoutant qu’aujourd'hui, le taux de croissance des deux côtés de la Méditerranée « est identique, autour de 10% à 15% par an, et la répartition des emplois et du volume de travail est stable », selon un ratio de 80% en France et de 20% à l'étranger.
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