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  •   Younes Djama
  • lundi 14 avril 2014 18:35

L’ANEP prive deux journaux algériens de publicité étatique, pour "opposition au 4e mandat"

H'Mida Ayachi, directeur de publication d'Algérie News, frappé d'interdiction de publicité étatique par l'ANEP (DR)

L’Agence publique de publicité ANEP a décidé de suspendre la publicité étatique aux deux quotidiens Algérie News (Francophone) et arabophone (Djazair News). D’autres titres ont vu leur nombre d’insertions réduit. Les directeurs des journaux, dénoncent un énième chantage, lié à leur position éditoriale hostile au 4e mandat de Abdelaziz Bouteflika.

Le rédacteur en chef du quotidien Algérie News et sa version arabophone Djazair News , Massinissa Boudaoud, a confirmé, dans une déclaration, lundi, à Maghreb Emergent, que les deux quotidiens fondés et dirigés par H’mida Ayachi sont bel et bien frappés d’interdiction de publicité publique à partir d’aujourd’hui. Une mesure, selon Bendaoud, « en relation directe » avec sa ligne éditoriale ouvertement opposée au 4e mandat du président Bouteflika . « Ce (lundi) matin, nous avons reçu comme d’habitude l’enveloppe de l’ANEP (agence nationale de publicité). Mais peu de temps après, on nous a signifié que la publicité nous était interdite suite à des instructions venues d’en haut, comme nous l’ont explicitement déclaré les responsables de l’ANEP », explique M. Boudaoud, qui ajoute : « on s’attendait à subir des sanctions après le 17 avril (jour de l’élection, Ndlr), mais pas du tout avant. Quoiqu’il en soit, si nous sommes sanctionnés pour notre ligne éditoriale, cela nous honore ».
Le rédacteur en chef d’Algérie News indique qu’en dépit de sa ligne opposée à une quatrième mandature de Bouteflika, le journal s’est astreint, « par déontologie et professionnalisme », à assurer une couverture équilibrée pour tous les candidats, y compris les représentants de M. Bouteflika. M. Boudaoud rappelle que son journal a reçu ces deux derniers jours des invités hostiles à la candidature de M. Bouteflika, notamment les animateurs du mouvement Barakat ! et Belaid Abrika, ancien animateur du Mouvement des Aarouch de Kabylie. Le collectif du journal condamne « une disposition tyrannique qui vise à mettre aux pas un son de cloche autre que celui que prônent les partisans du quatrième mandat ».
Liberté, El Fedjr et d’autres
Le journal Liberté, propriété du groupe Cevital d’Issad Rebrab, a lui aussi été ciblé par l’interdiction de publicité étatique, le nombre de pages ayant été réduit substantiellement, comme l’a confirmé son directeur de publication, Outoudert Abrous. « Depuis 3 jours, le nombre d’insertions ANEP est passé de 10 en moyenne à 4 seulement. Du côté de l’administration de l’ANEP, on nous rétorque que ce sont les clients qui se sont désistés, ce qui est faux puisque les mêmes insertions sont publiées sur d’autres supports », explique M. Outoudert. Il estime que cette pratique ne vise pas moins « qu’à museler la presse et la liberté d’expression », faisant toutefois remarquer que son journal a réservé une couverture « équilibrée » pour tous les candidats.
Pour sa part, la directrice de publication du quotidien arabophone Al Fadjr, Hadda Hazem, qui ne cache pas son opposition au quatrième mandat de Bouteflika, allant jusqu’ à l’exprimer dans la rue, à travers sa participation à des manifestations pacifiques, a déclaré à Maghreb Emergent qu’elle-même n’a reçu, jusqu’à ce lundi, aucune notification à propos d’une éventuelle suspension de la publicité ANEP. « Pour autant, j’ai déjà été privée de publicité étatique pendant une année et demi, durant laquelle je n’ai eu droit à aucune insertion hormis celles à caractère gratuit », a-t-il dit. Elle se dit pas du tout effrayée par la perspective d’être privée par la publicité étatique car, souligne-t-elle, « je défends une patrie et pas un journal ». Des informations font état qu’un autre quotidien francophone, Le Soir d’Algérie, serait également dans le viseur de l’ANEP. Mais son directeur de publication, Fouad Boughanem, contacté par nos soins, a déclaré n’avoir été destinataire d’aucune notification de la part de l’agence publique.

 


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