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Samedi, 21 Avril 2018

  •   Par Lilia Hachem Naas*
  • mardi 17 avril 2018 08:00

ZLECA : la chance à saisir pour l’Afrique du Nord (contribution)

Lilia Hachem Naas, Directrice du Bureau pour l’Afrique du Nord, Commission économique pour l’Afrique (dr)

En Afrique, le train de l’intégration régionale est désormais en marche. Le 21 mars 2018 à Kigali (Rwanda), la majorité du continent a signé l’accord pour la mise en place de la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECA), le plus grand marché libre de biens et de services depuis la création de l’OMC.

 

En Afrique du Nord, du Soudan à la Mauritanie, en passant par l’Egypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie ou le Maroc, tous les pays ont répondu présent : la ZLECA leur offre une ouverture vers de nouveaux marchés à l’heure où des partenaires commerciaux comme les Etats-Unis ou l’Union Européenne se montrent de plus en plus protectionnistes. L’impact de la nouvelle zone de libre-échange sur la création d’emplois et la diversification des économies s’annonce indéniable. Ces deux dimensions seront d’ailleurs au cœur des discussions des Ministres africains des Finances, de la planification et du développement à l’occasion de la 51èmeConférence annuelle de la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies (CEA), prévue du 11 au 15 mai prochains à Addis-Abeba (Ethiopie).

La ZLECA englobe le COMESA et la CEDEAO dont certains pays nord-africains ont commencé à se rapprocher. Son enjeu est d’autant plus important que la zone constitue- sans aucun doute - une opportunité unique d’ouverture et d’intégration économique pour une croissance stable et durable...

Rater le train en marche de la ZLECA n’est plus une option

S’il reste beaucoup à faire avant la mise en place d’une union douanière africaine (dans quatre ans) ou d’une communauté économique africaine (dans dix ans), les implications de la ZLECA sont assez massives pour permettre aux pays africains de déterminer leurs termes par rapport aux échanges commerciaux.

La ZLECA représente aujourd’hui un marché de 1,2 milliards de consommateurs, avec un PIB potentiel de 2500 milliards de Dollars, caractérisé par une population active jeune et en pleine croissance ainsi qu’une classe moyenne et une urbanisation en pleine expansion. Selon les estimations de la Banque Africaine de Développement (BAD), d’ici 2025, dans sept ans, la consommation des ménages africains devrait atteindre 2500 milliards de Dollars. Selon celles de la CEA, d’ici 2030, dans douze ans, le marché agricole et agroalimentaire pèserait à lui seul 1000 milliards de Dollars. D’ici 2050, soit un peu plus de trente ans, la population du continent s’élèverait à 2,5 milliards d’individus et sa population active, aujourd’hui marquée par l’arrivée annuelle de quelques 11 millions de jeunes sur les marchés du travail, représenterait à ce moment-là 26% de la population mondiale en âge de travailler.

A ce potentiel immense s’ajoutent les opportunités : seuls 16% des échanges commerciaux des pays africains se font aujourd’hui à l’intérieur du continent alors que le commerce intra régional s’élève à 70%en Europe, 54% en Amérique du Nord et 51% en Asie du Sud-est. La CEA, la Banque Africaine de Développement et la CNUCED s’accordent à dire que la ZLECA peut augmenter le commerce intra-africain à plus de 52% d’ici 2022, et plus encore si ce processus intègre en même temps une diminution des barrières non tarifaires.

Le renforcement du commerce intra-africain aurait par ailleurs un impact qualitatif significatif sur la structure des économies du continent. Les études de la CEA révèlent que les échanges commerciaux entre pays africains sont caractérisés par une plus forte proportion en produits manufacturés (40%) que leurs échanges avec les partenaires hors du continent. L’export accru de produits manufacturés, se caractérisant par une plus grande valeur ajoutée locale, permettrait aux entreprises africaines d’engranger davantage de bénéfices tout en réduisant la dépendance de leurs pays vis-à-vis de matières premières aux prix fluctuants.

Sur un autre plan, les besoins en infrastructures de l’Afrique (routes, chemins de fer, électricité, télécommunications, etc.) sont estimés à 360 milliards de Dollars d’ici 2040 dans le cadre du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), ce qui laisse augurer l’ouverture de nombreux marchés.

Dans la ZLECA, un faisceau d’opportunités spécifiques à l’Afrique du Nord

L’Afrique du Nord peut, à l’instar des autres régions du continent, tirer des bénéfices significatifs de la mise en œuvre de la ZLECA. Selon l’étude de la CEA sur l’Industrialisation par le commerce en Afrique du Nord, les entreprises nord-africaines pourraient capter jusqu’à 20% des quelques 70 milliards de Dollars d’échanges intracontinentaux que la zone devrait rendre possibles d’ici 2020, soit 13,6 milliards de Dollars. De ce volume, 7,1 milliards correspondraient à l’expansion des échanges intra-nord-africains et 6,5 milliards à celle des exportations de l’Afrique du Nord vers le reste du continent.

Langue commune, proximité géographique, taille du marché, continuité du front maritime depuis la Mer Rouge jusqu’à l’Atlantique travers la Méditerranée… les points forts de l’Afrique du Nord sont légion. Il s’agit également de la région la mieux équipée du continent sur le plan des infrastructures et certaines en particulier, à l’instar de l’Autoroute Est-Ouest et de la Transsaharienne en Algérie, peuvent jouer un rôle clé dans l’accélération de son intégration. 

C’est cependant la complémentarité de ses économies qui constitue le principal point fort de l’Afrique du Nord. Plusieurs études de la CEA démontrent que le contexte est largement favorable au développement de chaines de valeurs régionales dans des secteurs tels que l’industrie automobile, les industries extractives (pétrole et gaz), l’industrie textile (production de coton, tissus, vêtements et accessoires), les industries légères (électrique, électronique et plastique) ou encore l’industrie alimentaire. Les opportunités de synergies sont également nombreuses dans les secteurs des services, du transport, de la distribution et de l’aéronautique.

Plus industrialisée que le reste du continent, l’Afrique du Nord bénéficierait d’un avantage comparatif dans la mesure où le commerce intra-africain favorise les produits manufacturés et/ou transformés. Si le volume des échanges intra-africains peut atteindre 69,5 milliards de dollars d’ici 2020, ce seraient les échanges de produits industriels qui augmenteraient le plus (42,7 milliards) selon les estimations de la CEA. Si des mesures de facilitation du commerce sont mises en place, les échanges de produits industriels augmenteraient de 14 milliards supplémentaires.

Un marché prometteur pour les vingt prochaines années

Au niveau continental, la ZLECA renforcerait les échanges de fournitures industrielles transformées, de biens d’équipements, de produits alimentaires, de matériel de transport et de biens de consommation. Selon le dernier rapport de la CEA sur l’état de l’intégration régionale en Afrique, depuis 2000, et bien que ne représentant que 18% des exportations de l’Afrique, les exportations intra-africaines ont contribué à 57% de la hausse des exportations continentales en biens d’équipements, 51% pour les boissons et aliments transformés, 46% pour les biens de consommation, 45% pour les équipements de transport et 44 % pour les fournitures industrielles transformées.

La ZLECA peut ainsi fournir un contexte favorable à la concrétisation des stratégies nationales de diversification des économies du continent dans son ensemble. En stimulant les secteurs industriels de l’Afrique du Nord, la ZLECA pourrait contribuer à en faire des moteurs de changement et de transformation structurelle.

Des craintes à prendre en compte

Certes, malgré ses promesses, la ZLECA suscite les craintes de différents acteurs économiques: pour les uns s’aventurer dans le terrain commercial relativement nouveau qu’est l’Afrique n’est pas sans risques : Déficit d’infrastructures, réseaux logistiques incomplets, barrières non tarifaires, absence ou faiblesse des lois protégeant les investissements, sécurité des hommes et des biens… les sources d’inquiétude ne manquent pas. D’autres s’inquiètent de ce qu’il adviendrait du revenu des Etats si les recettes douanières devaient être réduites dans le cadre de la libéralisation du commerce. D’autres encore craignent de voir la ZLECA causer un déversement massif de produits venus des pays industrialisés aux dépends de leurs industries nationales, à cause des accords de libre-échange déjà existants entre certains pays membres de la zone et des partenaires hors du continent.

Ces inquiétudes doivent être prises au sérieux, mais sans renoncer à la ZLECA : Si les risques liés au commerce avec l’Afrique sont plus nombreux qu’ailleurs pour l’instant, il en va de même pour les opportunités ; les premiers à se lancer seront souvent aussi les premiers à voir leurs investissements récompensés. A l’heure où les partenaires commerciaux traditionnels commencent à fermer leurs marchés, ce même continent africain où l’on craint d’investir attire de plus en plus de multinationales. Continuer de tourner le dos aux voisins reviendrait à céder la place à d’autres intervenants.

En ce qui concerne les ressources de l’Etat, différents scénarii considérés par la CEA indiquent que la réduction des recettes douanières pourrait être largement compensée par l’accroissement du volume des échanges ainsi que la bonne performance d’autres sources de revenu étatique, renforcées par le dynamisme accru des économies. Les scénarii considérés indiquent également que les gains socioéconomiques devraient rapidement l’emporter sur les pertes de recettes tarifaires pour l’ensemble du continent.

Quant à des problématiques comme la question des règles d’origine, les calendriers de réduction des taxes douanières ou encore les règles de résolution de conflits, c’est aux Etats qu’il revient de commencer à utiliser les négociations en cours pour parvenir aux solutions qui garantiront une répartition équitable des bénéfices de la ZLECA pour tous les pays africains. Dans le cadre de son soutien aux pays, la CEA aura d’ailleurs un rôle clé à jouer dans la mise en place de la ZLECA et la définition des mécanismes de sauvegarde et de règlement des différends.

Privilégier les intérêts nationaux à travers l’intérêt commun

Enfin, certains ne manqueront pas de se demander si l’Afrique du Nord peut vraiment participer, plus ou moins collectivement, à l’effort d’intégration continental. A date d’aujourd’hui, sa faible intégration régionale lui a coûté cher, avec un manque à gagner en croissance de 1,5 à 2% par an sur les trente dernières années pour les seuls pays de l’UMA. Si l’Afrique du Nord échoue à rejoindre la ZLECA, ces pertes en seront multipliées.

Aujourd’hui la ZLECA offre aux pays de l’Afrique du Nord l’opportunité longuement recherchée de s’intégrer à l’économie continentale et, à travers cet espace, réaliser l’intégration de leur région.

Pour y parvenir, et offrir à leurs économies des perspectives de croissance prometteuses et stables, les pays devront accélérer leurs préparatifs pour la mise en œuvre de la ZLECA, à commencer par l’étude détaillée des opportunités et l’identification des dossiers sensibles que les pays devront négocier en vue de maximiser les bénéfices et minimiser les possibles.

(*)  Lilia Hachem Naas, Directrice du Bureau pour l’Afrique du Nord, Commission économique pour l’Afrique (CEA)


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