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| Les Français ont-ils le droit de s’exprimer à propos de la Tunisie? |
Tous les humains ont le droit de s’exprimer sur la Tunisie, l’Algérie, et toute autre contrée du monde. Ils doivent, cependant, accepter qu’on leur demande quelle est leur légitimité pour le faire. Ils doivent admettre qu’on ne peut se proclamer « spécialiste » d’un pays sans y voyager régulièrement et, surtout, sans en parler la (les) langue (s). Un spécialiste du Maghreb qui ne parlerait ni l’arabe ni le berbère n’est pas plus crédible qu’un spécialiste des Etats-Unis qui ne connaîtrait pas un traître mot d’anglais ou d’espagnol. La récente polémique entre la journaliste et essayiste Caroline Fourest et deux intellectuelles tunisiennes Hèla Yousfi et Nawel Gafsia a le mérite de mettre en exergue nombre de non-dits à propos des relations entre les deux rives de la Méditerranée. Pour mémoire, tout est parti de la réponse vigoureuse des deux Tunisiennes à un article publié par Caroline Fourest dans le Huffington Post à propos de la Tunisie. Un point de vue où elle estime que Moncef Marzouki, président provisoire de la Tunisie, n’a pas tenu ses promesses de défendre la démocratie face aux islamistes d’Ennahdha. Une donneuse de leçon qui ignore tout du contexte tunisien, ont estimé de leur côté Yousfi et Gafsia en renvoyant notamment l’intellectuelle française à son silence durant toutes les années de la dictature de Zine el-Abidine Ben Ali et à son analyse binaire de la situation politique tunisienne. Du coup, la journaliste et essayiste française a réagi en publiant une mise au point où elle se demande s’il est permis, notamment pour une journaliste française, de critiquer le président (provisoire) de la Tunisie et où elle accuse ses contempteurs de culturalisme voire de xénophobie. Il n’entre pas dans mes intentions d’analyser les textes des unes et des autres. Ils sont disponibles sur la toile et chacun se fera son idée même si j’estime que Fourest se trompe quand elle laisse entendre que Yousfi et Gafsia sont des xénophobes. Leur texte aurait mérité d’elle une réponse plus argumentée qu’un plaidoyer pro domo à propos du militantisme et des engagements de l’intéressée. Le débat reste donc ouvert… Les Maghrébins ont aussi le droit de donner leur avis Pour l’heure, reformulons la question posée par l’essayiste: une Française ou un Français ont-ils le droit de s’exprimer à propos de la Tunisie en particulier et du monde arabe en général? Bien entendu, la réponse à cette question est positive à cent pour cent. Tout le monde a le droit de s’exprimer et de dire ce qu’il pense de nos pays, de nos dirigeants et de nos sociétés. Cela fait des années, pour ne pas dire des décennies, que notre région fait l’objet de publications continues, de prises de positions, de critiques (mais aussi de louanges…), de mises en garde et de batailles féroces entre intellectuels. Longtemps, les Tunisiens, les Maghrébins et les Arabes, ont accompagné cette production intellectuelle de manière plus ou moins passive, sans toujours avoir la possibilité de faire connaître leur accord ou, plus encore, leur désaccord. Que faire, par exemple, quand dans les années 1990, Bernard-Henri Lévy publie dans Le Monde deux pages à la gloire du régime algérien? Changement notamment grâce à internet Aujourd’hui, les choses ont changé notamment grâce à internet qui offre les moyens de répondre et de réagir, y compris à chaud. Oui, une Française ou un Français ont le droit de s’exprimer à propos de la Tunisie, de Marzouki ou d’Ennahdha, mais ils doivent accepter que, de l’autre côté de la Méditerranée, on puisse enfin leur répondre et qu’au besoin, on puisse les critiquer. Pour dire les choses autrement, les Tunisiennes et les Tunisiens ont, par exemple, le droit de demander à celles et ceux qui se prennent de passion pour leur pays où ils étaient lorsque Ben Ali et les siens torturaient, tuaient et volaient. Ils ont le droit de leur demander pourquoi ils n’ont rien écrit en 2008 quand Gafsa se révoltait? C’est juste une question de bon sens et d’honnêteté intellectuelle. Rien de plus. Lire la suite sur Slate Afrique |
Jeu, 24 Mai 2012 20:48
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