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| Tendances - Senteurs particulières et «bizness» du Ramadhan au Maghreb |
Le ramadhan au Maghreb a commencé mercredi dans la plupart des pays du Maghreb, ce sera jeudi ou vendredi au Maroc avec un jour de décalage pour le Maroc. Quelle que soit la date du début de ce mois de piété et d’abstinence, tous les maghrébins rivalisent d’ingéniosité et de fortes dépenses pour bien s’approvisionner en denrées alimentaires, en viandes et en fruits pour faire honneur à la vaste gastronomie maghrébine. C’est, paraît-il, depuis longtemps, du temps de l’antique Andalousie. "La table du jeuneur maghrébin a toujours été bien achalandée au mois de ramadhan" , assure un algérois natif de la vieille médina, la Casbah. ‘’Et puis, durant ce mois sacré, il y aura beaucoup de baraka’’, ajoute t-il. Hassan El Ouazzan, Léon l’Africain, rapporte qu’à Grenade, du temps de la splendeur de l’Andalousie, les mets les plus succulents se le disputaient aux plats les plus fournis en viandes ovine, bovine, de cailles, de perdreaux, etc.… pour un repas d’une seule journée. Au Maghreb d’aujourd’hui, de Tanger à Benghazi, en passant par Nouakchott et Tamanrasset, c’est pratiquement la même fièvre du ramadhan qui s’empare des jeuneurs. Sauf que, maintenant, des programmes spéciaux sont mis en place pour assurer un bon approvisionnement du marché des produits alimentaires, agricoles et dérivés. Tunisie : Tout est fin prêt Avec ses quelques dix millions d’habitants, la Tunisie ne veut rien laisser au hasard durant ce mois de piété. Selon la presse tunisienne, et en prévision du mois de Ramadan, une stratégie de constitution de stocks alimentaires et agricole de régulation a été mise en place. Il y aura ainsi sur les circuits de distribution pour ce mois de ramadhan une disponibilité de 91.000 tonnes de pomme de terre, un peu plus de 20.000 tonnes d’oignons, 120.000 tonnes de pêche, 65.000 tonnes de poires, 126.000 tonnes de pommes ou 300.000 tonnes de pastèques. Pour les viandes, la société ‘’Elouhoum’’ va commercialiser l’équivalent en poids de 1.000 têtes de bovins engraissés et l’importation de 100 tonnes de viande ovine. Pour le marché tunisien des viandes blanches, il y aura également quelque chose comme 9.500 tonnes de viande de poulet, 3.800 tonnes de viande de dinde et 82 millions d’œufs. Et, pour faciliter la consommation de poisson, l’état tunisien a même instruit les douanes pour qu’elles diminuent de 10% les tarifs des poissons frais, conditionnés ou surgelés importés, hormis le loup et la daurade, produits en Tunisie. Et la disponibilité du poisson bleu, notamment la sardine, sera disponible à hauteur de 10 tonnes. L’huile, le riz, les pâtes, la semoule, tout sera disponible et en abondance durant ce mois de ramadhan en Tunisie. Et, pour assaisonner le tout, 350.000 tonnes de citrons seront importées pour pallier à la faiblesse de la production locale. Algérie : la fièvre de la vache indienne En Algérie, c’est pratiquement un programme spécial importation de viandes rouges qui a été mis en place par les pouvoirs publics. Objectif : lutter contre la spéculation et la hausse des prix de la viande ovine, très consommée durant ce mois sacré. Au moins dix importateurs se sont manifestés pour ramener de la viande bovine fraîche et congelée d’Inde. Le ministère de l’agriculture et du développement rural avait donné son aval pour l’importation, rien que pour le mois de ramadhan, de 10.00 tonnes de viandes rouge d’Inde. Ce qui a, en fait, terriblement contrecarré la stratégie d’autres importateurs traditionnels de viande bovine congelée de pays d’Amérique Latine. Au point que le bras de fer entre le gouvernement et les professionnels de l’importation de viandes rouges a été arbitré par la presse locale, qui avait faits ses choux gras avec cette viande indienne que les algériens ont découverte pour la première fois. Pour autant, le gouvernement avait donné un sérieux tour de vis aux importations de viandes, en baisse de 27% au 1er semestre 2010, soit 65 millions de dollars contre 91 millions de dollars à pareille période en 2009. Mais, en Algérie, le ramadhan c’est surtout la guerre des prix : ceux des viandes, de la tomate, es pruneaux, des amandes et même des navets. Autant dire que le ‘’bizness’’ du mois de ramadhan, c’est tout simplement faire des affaires, même en montant de petites boutiques de vente de gâteaux tunisiens, comme la zalabia. Maroc : Epices pour les jeûneurs, prison pour les non jeûneurs Au Maroc, les mois de ramadhan se passent généralement comme sur du papier à musique. Pas de spéculation, pas de hausses des prix. Le gouvernement met en place un programme spécial anti-pénuries, et, surtout, des produits de large consommation à prix étudiés. Même si les prix à la consommation ont rebondi à plus 2% au mois de juillet, au mois de ramadhan, il n’y aura pas de surchauffe, assure le gouvernement. Et, dans la Souika de Rabat, dans la vieille ville de Fès ou près du Détroit de Gibraltar, à Tanger, les épiciers marocains vont faire feu de tout bois pour satisfaire une clientèle exigeante. Ce sera la fête des odeurs, celles des épices qui enivrent aux abords d’une boutique d’épices à Derb Omar, à Casablanca, et les marocains pourront s’approvisionner en produits divers sans pression, à des prix abordables. Ils sont les seuls, parmi tout les habitants du Maghreb, à ne manger le repas du f‘tour qu’après les ‘’Tarawihs’’ (prières surérogatoires). La rupture du jeûne, ils la font généralement avec des galettes, des dattes, et du lait, en plus de gâteaux locaux. Mais, gare à ceux qui ne font pas le carême. Ils risquent, s’ils sont dénoncés ou pris en flagrant délit de rupture du jeûne en public, au mois six mois de prison, car une loi punit la non-observation du jeûne pendant le ramadan au Maroc. Libye-Mauritanie : les grands contrastes En Libye et en Mauritanie, deux pays extrêmes du Maghreb, les habitudes alimentaires au mois de Ramadhan sont contrastées. Le folklore local en Libye est ainsi plus proche des tunisiens, avec les même, ou presque, rituels gastronomiques. Mais, près de la frontière avec l’Egypte, c’est pratiquement les effluves de l’Orient qui bercent les libyens durant le mois sacré du ramadhan. En Mauritanie, par contre, ce sont les traditions propres aux gens des contrées désertiques, chaudes, qui dominent. Dattes, lait et quelques préparations à base de semoule et de miel. F’tour frugal. A Nouadhibou ou Nouakchott, les deux grandes villes du pays, le caractère sacré du mois de jeûne, sa symbolique et sa cosmogonie religieuses l’emportent sur les considérations mercantiles ou gastronomiques qui prédominent dans les pays du ‘’Nord’’ du Maghreb. |
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