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| Crise – Le référendum annoncé en Grèce fait tanguer la zone euro |
Le référendum annoncé en Grèce sur les accords de stabilisation conclus à Bruxelles par le premier ministre Papandréou suscite un grand émoi chez les dirigeants européens. Des réunions d’urgence ont été annoncées alors que les marchés étaient à bord de l’affolement. Climat délétère général. La mise en application d’un ajustement structurel « à l’africaine » passe mal en Grèce.
Confronté à des vagues successives de mécontentement social depuis les premières mises en œuvre des programmes d’ajustement structurel, le chef du gouvernement d’Athènes s’est résolu à consulter son peuple sur les accords de stabilisation et de règlement de la crise de la dette conclus la semaine dernière à Bruxelles. Il est clair que cet exercice démocratique, qui a été refusé à tous les peuples dont les gouvernements se sont pliés aux exigences du FMI et des riches créanciers, débouchera sur le rejet d’une stratégie de remise à flot des finances publiques payée très cher, excessivement cher, par les catégories populaires. Et c’est bien le résultat annoncé de cette consultation qui alarme les très libéraux – et visiblement de moins en moins démocrates – responsables politiques européens. Les réunions d’urgence succèdent aux réunions de crise dans une atmosphère plutôt délétère. Les déclarations indignées, certaines frisant l’injure, de dirigeants qui apparaissent comme les porte-paroles des marchés sont révélatrices de la fragilité d’une situation financière européenne qui ne parvient pas à absorber les contrecoups de la crise de 2008. Taxé d’irresponsabilité ou de duplicité (il n‘aurait pas informé ses collègues européens de sa décision),
Papandréou joue la carte de la démocratie
Papandréou a incontestablement joué la carte de la démocratie. En consultant le peuple, il place chaque citoyen face à ses responsabilités : accepter ou rejeter le programme de stabilisation consiste à choisir entre Charybde et Scylla, entre une durable cure violente d’austérité et la faillite à brève échéance. Que cette décision soit entachée d’arrière-pensées électoralistes est une considération accessoire. L’application d’un programme d’austérité très violent qui s’accompagne d’un véritable abandon de souveraineté mérite certainement une consultation populaire n’en déplaise aux évangélistes des marchés. La crise bancaire s’est bel et bien transformée en crise de la dette souveraine, et la solidarité européenne, sans limites pour sauver les banques, est mise à mal par les défaillances successives de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce. La dette de la Grèce, pays de 10 millions d’habitants, s'élève à 350 milliards d'euros ce qui représente près de 160% du PIB du pays. Selon les termes de l'accord paraphé vendredi dernier, la dette devrait être ramenée à 120% du PIB d'ici 2020 en échange d’une véritable mise sous tutelle du pays par les créanciers et d’une politique d’austérité extrêmement brutale. A une batterie de mesures antisociales, conformes à la doxa libérale et constituant un Programme d’ajustement structurel réservé jusqu’ici aux pays du sud, vient s’ajouter l’humiliation nationale d’une présence permanente à Athènes des la troïka (BCE, UE et FMI) représentants des créanciers chargés d’en superviser la mise en œuvre. Risque d’implosion de l’Eurozone Le rejet, plus que probable, par le peuple grec des mesures de régression sociale modifie le déroulement du scénario de soft landing espéré par les patrons de l’Eurozone. De fait, le refus hellène créerait les conditions d’un approfondissement de la crise qui pourrait aboutir à l’implosion, ou au minimum à une très douloureuse reconfiguration, de la monnaie unique. La contagion à d’autres pays affectés par un endettement très lourd et des déficits publics importants serait une évolution quasi-mécanique nourrie par des mouvements spéculatifs massifs qui poussent tendanciellement depuis la remise à flot des banques par les aides publiques à l’aggravation des conditions de crédit aux Etats endettés. L’extension à l’Italie et à l’Espagne de la crise de la dette prendrait l’allure d’un risque majeur imminent et, si le précédent démocratique grec devait faire école, le démantèlement de l’Euro ne serait plus seulement une simple hypothèse ; le premier pays à sortir de la monnaie unique étant bien entendu la Grèce elle-même. En attendant, les marchés européens et les agences de notation qui voient d’un très mauvais œil la sortie du Premier Ministre Papandréou, alimentant une couverture médiatique sur le mode de la dramatisation, ont enclenché un mouvement de recul boursier très significatif. L’euphorie de la veille n’est plus qu’un lointain souvenir. A la veille de la réunion du G20 à Cannes, l’euro, que l’on croyait hier encore sauvé, entre à nouveau dans une zone de turbulences à l’issue très incertaine. ---------- Encadré Le Plan d’aide Européen Lors du sommet du 26 octobre à Bruxelles, les dirigeants de l’Eurozone ont décidé d’accorder de nouveaux prêts à la Grèce pour un montant de 130 milliards d'euros à la Grèce composé de 100 milliards d'euros d’argent frais et de 30 milliards sont alloués aux banques grecques, plus importants détenteurs de créances souveraines grecques, dont la viabilité est menacée par l'opération d'échange de dette. Les européens ont obtenu des banques créancières qu’elles effacent 50% environ des quelque 210 milliards d'euros de titres grecs qu'elles détiennent. Les dirigeants européens effaceront une partie de la dette grecque qui s'élève aujourd'hui à plus de 350 milliards d'euros. En contrepartie, Athènes a accepté une présence permanente de la troïka des créanciers (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) et un contrôle renforcé de ses comptes publics et de sa politique budgétaire, jusqu'à présent « seulement » contrôlés tous les trois mois par cette même « troïka ».
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