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CERCLE D’ACTION ET DE REFLEXION AUTOUR DE L’ENTREPRISE
Avec le soutien de la Fondation Friedrich Naumann Conférence – débat – Dimanche 18 Décembre 2011 – 09h00 HOTEL SOFITEL – Salle HAMMA - ALGER – "Pour une économie de progrès qui emploie ses diplômés : Une stratégie d’insertion dans les services de la connaissance ".
El Mouhoub MOUHOUD Professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, Directeur du Master Affaires internationales
Docteur en Sciences Economiques de l’université Paris 1 Sorbonne et Agrégé des Facultés de Sciences économiques, E.M. Mouhoud est Professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine où il enseigne l’économie internationale et dirige le Master Affaires Internationales.
Il est également directeur du Groupement de Recherches International du CNRS DREEM (Développement des Recherches Economiques Euro-méditerranéennes), chercheur au Laboratoire d’Economie de Dauphine- DIAL IRD, et chercheur associé à la Chaire Transition Démographique de l’université Paris Dauphine.
Il a été Conseiller scientifique au Centre d’Analyse Stratégique (ex Commissariat Général du Plan) (1995-2007). Ses travaux de recherche actuels portent sur la mondialisation, l’intégration européenne et les relations euro-méditerranéennes, l’économie de la connaissance, les délocalisations et relocalisations industrielles ainsi que les migrations internationales.
Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles dont : - Mouhoud E.M., (2011) Mondialisation et délocalisation des entreprises, Repères, La Découverte (Troisième édition) - Mouhoud E.M., (2010) Global Outsourcing, Strategies on Multinational Corporations, Nivilind Publishers, New Delhi (2010) - Mouhoud E.M. (dir.) (2010) Economie des services et développement des territoires, DATAR, Collection Travaux, La Documentation Française, Paris. - Mouhoud E.M. avec D. Plihon (2009) Le Savoir & la Finance. Liaisons dangereuses au coeur du capitalisme contemporain, La Découverte, Paris, - Mouhoud E.M. (2006) (dir.), Les nouvelles Migrations, Un enjeu Nord-Sud dans la Mondialisation, Universalis. - Mouhoud E.M avec Anne Hanaut (2002) Economie Internationale Vuibert. - Mouhoud E.M. (avec Fontagné L. Maurel M. et Petit P.) (1999) Scénario pour une nouvelle géographie économique de l’Europe, rapport du Commissariat Général du Plan, Economica. - Mouhoud E.M. (1993) Changement technique et division internationale du travail, Economica, Coll Approfondissement de la connaissance économique, Paris
«Pour une économie de progrès qui emploie ses diplômés : Une stratégie d’insertion dans les services de la connaissance »
Polarisation des économies sur peu de secteurs, chômage, déclassement, expatriation des diplômés, dépendance géographique des échanges commerciaux avec l’Union européenne, un accord de libre échange défavorable sans agriculture, une corruption généralisée, autant de symptômes dont il conviendrait de tenir compte pour réfléchir à une nouvelle stratégie de rattrapage pour les pays du Sud et de l’Est de la méditerranée ? La diversification de l’économie et l’emploi des jeunes diplômés doivent constituer les priorités absolues pour l’ensemble des pays et tout particulièrement l’Algérie.
Mais doit-on nécessairement repasser par toutes les étapes dans les activités industrielles ? Ou bien peut on court-circuiter le rattrapage des économies arabes, tout particulièrement l’économie algérienne qui en a les moyens, en entrant directement dans les « activités de services de la connaissance et d’investissement immatériel » ? C’est la voie que nous préconisons sans évidemment négliger l’industrie, car industrie et services sont complémentaires.
L’impasse de la seule voie industrielle Les choix anciens de favoriser les activités de sous-traitance d’assemblage dans les secteurs intensifs en main d’œuvre (textile, cuir, habillement, matériels électriques jouets…) se sont avérés des échecs patents : outre l’absence de remontée de filières vers les segments à plus forte valeur ajoutée, les incitations à augmenter le niveau de formation et de qualification sont restées faibles dans la mesure où l’avantage comparatif coût ne devait pas être remis en cause. La fin de l’accord multifibres qui a protégé partiellement les exportations des pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) vers l’Union Européenne (UE) en raison de la faiblesse du volume de production largement inférieurs aux quotas à l’importation a permis aux exportations chinoises bénéficiant d’économies d’échelle d’évincer les petits producteurs du Sud.
Concernant les produits de haute technologie, les barrières à l’entrée sont devenues extrêmement élevées. Le contenu en technologie des exportations marocaines et tunisiennes par exemple est très faible. Imiter les produits de dernière génération est devenu extrêmement difficile en raison de la généralisation des droits de propriété intellectuelle depuis les accords ADPIC[1] signés à Marrakech en 1994. L’allongement de la durée de vie du brevet limite les stratégies d’imitation qui avaient permis l’insertion et le rattrapage de l’Asie du Sud-est dans l’économie mondiale.
Enfin, les temps sont aussi à la relocalisation des activités industrielles (retour) dans les pays industriels en raison de l’accélération de l’automatisation de la production, de l’augmentation des coûts de transport qui affectent particulièrement les biens industriels plus pondéreux. En revanche, les activités de services devenues également délocalisables (30 % des emplois délocalisables) connaissent des coûts de délocalisation quasi nul dans la mesure où la fourniture des services immatériels transitent par les TIC. Les services représentent les deux tiers de la valeur ajoutée et des emplois dans les économies développées. Ils ne sont pas séparés mais intrinsèquement liés à l’industrie, à l’agriculture et à l’économie verte (environnement).
Une stratégie volontariste dans l’économie des services
La stratégie de développement des PSEM devra avoir comme priorité absolue l’employabilité des personnels qualifiés. Les activités de services, mais pas n’importent lesquelles, permettent de rattraper les pays industriels car les coûts fixes d’investissement des activités immatérielles sont faibles (immobilisations, terrains, énergie) et ne nécessitent quasiment que du personnel qualifié. Les services influencent la capacité d’adaptation et d’innovation des firmes industrielles et tertiaires. En tant qu’activités de réseau, certains services modifient le niveau de compétitivité de l’ensemble des fonctions économiques d’un territoire.
Les services apportent des informations stratégiques essentielles et une meilleure connaissance des marchés en direction des firmes mais également des consommateurs. Les innovations environnementales trouvent leurs origines dans les services ; les conditions sociales dépendent directement des politiques publiques et des services collectifs proposés à la population tandis que le dynamisme des activités reliées au tourisme participe à la valorisation des héritages culturels des régions. Outre l’offre de services, sa diversité, sa localisation ou sa qualité importent et répondent aux besoins des pays qui sortent des systèmes autoritaires pour faire vivre réellement la démocratie.
Mais certains services comme les centres d’appel par exemple peuvent verrouiller les économies dans les activités de bas de gamme et les rendre très vulnérables car ces activités sont très volatiles.
Une typologie (Mouhoud 2010[2]) des activités de services en six grandes catégories, permet de les classer selon leur degré d’ancrage territorial et de solidité dans la compétitivité internationale et de faire des choix stratégiques de court et long terme : - Les activités volatiles : les services informationnels associés à des fonctions support (maintenance informatique, fonctions tertiaires d’exécution, centres d’appel…) ; - Les activités fragiles : les services de consommation intermédiaire et finale de proximité (agences bancaires, commerce de proximité, services aux personnes, gardiennage…) ; Les activités solides sur les territoires : - les services logistiques d’intermédiation (logistique, centres de tri postal, centre de triage de chemins de fer, transports de voyageurs…) ;- les services immatériels de consommation finale (culture et patrimoine historique, tourisme, parcs d’attraction…) ; - les services collectifs à fortes économies d’échelle, publics ou privés (services de santé, hospitaliers, judiciaires…) ; Les activités très solides et favorables au développement de l’économie de la connaissance et l’utilisation des massive des diplômés : les services de la connaissance et d’investissements immatériels (connaissances, recherche fondamentale, enseignement supérieur, conseil, publicité, marketing…).
Sept mesures précises pour effectuer cette transition seront développées lors du séminaire
1. Développer des actions en direction de la diaspora qualifiée pour la faire participer de manière ponctuelle au développement d’activités dans les services de la connaissance et d’investissement immatériel.
2. Renforcer le GAFTA et renégocier collectivement l’accord de libre échange avec l’UE en exigeant l’ouverture des marchés européens à tous les produits agricoles et créer une asymétrie transitoire favorable aux pays du MENA. Il convient d’y inclure des clauses de participation des pays du Sud de la méditerranée aux programmes de recherche et d’innovation (appels d’offres) européen.
3. Chasser le comportement de rente sur le marché du travail des qualifiés et développant systématiquement des appels d’offre pour chaque poste qualifié ouvert et en motivant chaque recrutement par signalisation des CV des candidats retenus et non retenus sur le site de l’employeur public ou privé.
4. Négocier des contrats de co-traitance voire d’OEM (Orginal Equipment Services) adaptés aux services stipulant l’utilisation des cadres locaux dans les filiales en co-traitance (ne pas accepter d’être sous traitants et de déclasser ses diplômés dans les centres d’appel).
5. Une politique d’éducation qui doit mieux exploiter les matières techniques et les sciences sociales en direction du secteur des services cognitifs dans son ensemble.
6. Une politique des services collectifs articulés aux besoins des territoires assurant un accès complet aux infrastructures de transport et de télécommunications. Les infrastructures publiques doivent être financés sur des bases claires recourant à des opérations de souscription bannissant la subvention étatique complète source de clientélisme et de corruption d’une part et de faible durabilité d’autre part. La sanctuarisation des dépenses d’éducation doit être posée d’emblée.
7. Créer un espace intégré de l’innovation et de la recherche au Sud et à l’Est de la Méditerranée en partenariat avec l’UE.
Fin
[1] Accords sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce (TRIPs en anglais). [2] E.M. Mouhoud Economie des services et développement des territoires, Rapport pour la DATAR , , collection travaux, n° 11, La Documentation Française, Paris, 2010. |
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